Cinéma à Goma: Des films évocateurs projetés au 5e festival des films numériques et arts

Plus de trente films sont au programme de la 5e édition du Salaam Kivu international film festival (Skiff) à Goma. Après la projection d’”Artiste de la paix” et “Entre la coupe et l’élection” à la journée d’ouverture, Quatre films ont été à l’affiche, le samedi 23 et dimanche 24 octobre, au centre culturel Yolé !Africa.

Projeté le samedi dans la soirée, “M’Kataba ” a été réalisé en 2007 par Petna Ndaliko Katondolo. Tourné dans le magnifique environnement de l’hôtel Ihusi à Goma, c’est un film sorti d’un atelier animé par le directeur artistique de Yolé !Africa à l’intension de jeunes cinéastes de la ville-mère du Nord-Kivu. Dans ce court métrage de 16 minutes, Petna a, de manière subtile, dénoncé les acteurs politiques véreux, tout en valorisant la femme congolaise capable de lutter contre la corruption, d’aimer et de pardonner. Dans ce film, le cinéaste présente en fait le pouvoir de la femme locale de dire non aux antivaleurs.

Le deuxième film intitulé “The importance of being elegant ” est un moyen métrage de 59 minutes coréalisé par le ghanéen George Amponsah et Cosima Spender. Le documentaire s’étend sur les sapeurs congolais de Paris et de Bruxelles et met aussi à l’avant-plan le chanteur Papa Wemba qui fut incarcéré pendant trois mois en 2003 en France, inculpé pour l’affaire de trafic d’êtres humains (affaire Ngulu). Il fait partie de ceux qui ont l’apologie d’être élégant, de s’habiller avec vêtements qui coûtent cher. Dans le film, il affirme que la sape (Kitendi en langue lingala de la RDC et Congo Brazzaville) est une religion. Un débat enrichissant parmi les spectateurs a succédé à la projection.

Mais pendant la journée, un concours de musique hip hop a été organisé devant le stade de l’Unité de Goma. Le rappeur Ndungi Githuku de Nairobi et le directeur artistique de Yolé !Africa, Petna Ndaliko, ont conduit les éliminatoires des différents groupes de rap de Goma à travers un Open micro. Cette compétition devrait précéder le grand show des artistes invités au Skiff, à savoir, Lexxus Legal, Alesh Kaposo, Ndungi Githuku et le reggae man Natty Dread. Mais le spectacle a été interrompu par une averse.

En dépit d’une journée dominicale pluvieuse, les fervents festivaliers se sont retrouvés le jour suivant pour suivre les deux films au programme. La première projection, “I am the rape ” est un court métrage de 4 minutes réalisé en 2008 par le Zimbabwéen Heeten Bhagat. Le film est une succession des images qui choquent par leur violence. En voici l’explication : “Dambudzo Marechera a écrit le poème ‘I am the rape’ en réponse à la violence raciale perpétrée par la police britannique lors d’un rassemblement du Parti national en 1979. Cette interprétation visuelle du poème, située parmi les images du passé et présent de Zimbabwe, explore la vie traumatique de l’auteur “. Somme toute, ce film montre la cruauté des violences faites sur l’être humain.

Le deuxième film, “Pray devil to go back hell”, a été une démonstration du pouvoir des femmes du Libéria dans la lutte pour le retour de la paix dans ce pays longtemps meurtri par la guerre. Dans ce documentaire de 88 minutes, réalisé par l’Américain Gini Reticker, évoque les péripéties vécues par le peuple libérien pendant le règne de Charles Taylor, les rebellions menées contre ce régime et surtout les morts par millier pendant cette période macabre du pays.

Lassées par la guerre, le manque d’eau et de nourriture et surtout par la mort de leurs enfants innocents pendant la guerre, ces femmes se sont organisées dans la structure Women for peace in Liberia pour demander à tout prix le retour de la paix. Elles ont fait le déplacement d’Accra au Ghana où se déroulaient les pourparlers entre Charles Taylor et les factions rebelles libériennes. Déterminées, elles ont eu gain de cause dans leur combat. Car, la guerre a pris fin ; Charles Taylor est allé en exil au Nigeria ; et finalement, Ellen Johnson-Sirlaef est devenue la première femme élue chef de l’Etat dans un pays africain.

Journée du lundi au Skiff
Quatre films ont été projetés le lundi au Centre culturel Yolé !Africa. Il s’agit premièrement de “La mémoire du Congo en péril ” du Congolais Bomanyama.  Ce film de 9 minutes interpelle sur le mauvais état de conservation des films réalisés pendant la période de colonisation. “Ces archives, datant de 1935, sont conservées dans un état déplorable et sont aujourd’hui en voie de disparition”, fait-on savoir.

Film de Dudu de Morro Agudo et Janaina Oliverira, “Mères du hip hop ” est un documentaire de 30 minutes réalisé à Rio de Janeiro au Brésil en 2008. Il s’agit des témoignages émouvants des mères des jeunes rappeurs brésiliens qui ont réussi à éviter le piège du crime et de la drogue. L’on remarque le soutien de ces mamans pour leurs enfants qui ont choisi la musique, précisément le rap, comme métier.

“Rumba, deux rives au même tempo ” a été le troisième film projeté à Yolé !Africa le lundi dans la soirée. Dans ce documentaire de 53 minutes, le réalisateur français Olivier Lichen retrace brièvement l’histoire de la rumba congolaise moderne à partir de Brazzaville avant de s’enraciner à Kinshasa. Dans le film, l’écrivain Sylvain Bemba du Congo Brazzaville et feu Mikanza Mobyem apportent leur témoignage sur l’évolution de la rumba venue de Cuba en Amérique latine. Le réalisateur fait un clin d’œil aux sapeurs de Brazzaville qui s’exprime. Somme toute, l’on retient que la rumba congolaise rythme l’ambiance de deux capitales les plus rapprochés du monde.

It/” Boma-Tervuren, le voyage”, douloureuse évocation…

Le temps fort de la soirée a sans doute été la projection du documentaire “Boma-Tervuren, le voyage “. Dans ce film de 54 minutes sorti en 1999, le réalisateur belge Francis Dujardin a rappelé, à la mémoire universelle le triste périple de 267 Congolais à l’exposition universelle de 1897 à Bruxelles. Sélectionnés par le colonisateur belge à l’époque, ils avaient été amenés au village de Tervuren pour y être exposés. Ils ont été placés dans un camp dont l’environnement a été reconstitué comme celui des villages congolais. Et les Blancs de la métropole venaient les voir à l’exposition.

Dans les images, le professeur Pius Ngandu Nkashama donne des explications sur ce séjour douloureux des Congolais en Belgique quasiment haïs par le public belge et les médias juste parce qu’ils étaient Noirs. Confrontés à la dureté du climat européen, notamment le froid pendant l’hiver, sept d’entre eux sont décédés. Suite à une polémique née au sein de l’opinion publique en Belgique sur ces Congolais, casés dans une sorte de zoo, le colonisateur a décidé de leur retour après quatre mois d’enfer. Le documentaire met en exergue la vision biaisé du belge de l’époque sur l’homme noir en général  considéré comme un véritable sauvage qu’il fallait moderniser. Poignant.

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